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Jolo #1 - premier œil du jour

Mon paysage est lent comme une brume du matin.
Une brume à mi-hauteur de brousse.
Lent comme les aigles au-dessus de la route
dont le dos ondule sous les serres.
L’œil capte les verts échos du bois de toutes sortes qui pousse,
drainant sous son écorce une lourde lumière.
Lumière qui n’est pas celle de l’heure dernière, la douce.
Lumière qui est la première du jour surprenant l’enfant sur la natte

Œil ouvert, premier œil du jour.
Ouvert à droite du vert des bananiers
puis à gauche de la sente froissée par la nuit de si forte odeur.
Dans les veilles les lucioles ont dansé le tam-tam du deuil
Quand autour des néons se nourrissaient les mantes.
Œil tard endormi brodé par les légendes.
Si doucement cerné du passage des biches.

Première lumière du jour, premier couvert de l’aube,
instant de suspension des rites animaux.
Puis carnaval des cris
comme un office à l’éveil des âmes.
Émergences d’oiseaux des arbres aux troncs lisses.
Œil de l’enfant avide de connaissance,
avide du jour de grande brûlure
où l’heure primale révèle la sagesse du monde.


Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.

Dagodio 1998 - Batouri 1999

1 commentaire:

  1. l'aube chargée de fruits comme un marché qui étale la vie devant...

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