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notes à propos d'un paysage (2)

Le paysage c'est la parole de nous ; était, est encore, peut-être. Il faut imaginer des gratte-ciels verdurants sans les rues en bas ni les surfaces au plafond musical où des gens boutiquent dans les étages avançant contre nous n'ayant jamais du face à soi mais de l'autour qui ne finit pas, comme un ventre énorme criant en gésine continuelle. L'horizon n'est que ce que profèrent nos bouches ou plutôt est l'acte de dire ; ce que l'on nomme paysage est une invention du regard que nous n'avions plus loisir de faire. Entrevoir la perspective, celle-là qui est seule réelle, c'est chaque matin demander au prochain s'il est réveillé des morts pour être sûr de pouvoir se lever soi-même ; lui dire "parles" confère au jour une possible issue, le paysage de nous c'est l'instant d'être encore vivant. 

Il fut donc longtemps en nos bouches avec un peu de salive entre gorge et dents les mots désignant des choses de l'espace où nous tournions sans cesse, ce qui est à portée de branches, de racines, rouges baies à mâcher, larves gluantes et la longueur d'un trait de lance touchant les biches égarées, la manière de creuser des pièges à potamochères, tout ce qui n'est pas au-delà de la voix, circonscrit par les rires ou les lamentations, il fut les verbes et leur conjugaison qui étirait la geste dans cette nuit où nous étions, au dire d'étrangers, semblables à des bêtes.

2 commentaires:

  1. mots choisis, ou pas, sortis de soi, leurs couleurs leurs formes, cette semblance qu'ils construisent autour de nous et qui nous construisent aussi. ainsi certains seront plat pays et d'autres foison tropicale et puis les caillou que je reste

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  2. Ce "paysage de nous" foisonne de beauté.

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