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Ma vie au village - 14

Suis en ses limbes, le miroir de nous, regimbant contre tout, l'amour, la vieillesse, quand suffirait de dire je te rencontre dans la joie car tu es au-dessus des eaux qui me ravinent, me ruissellent, m'emportent avec la boue. Quarante de tes pluies creusent et délavent la raison, érodent la mémoire, ça glisse le long des jambes jusque par terre sur le ciment, de sous la porte ça suit les creusements, cavale en remous vers la plaie le grand cours sombre en contrebas de nous, s'engouffre dans les vortex : c'est comme le livre qu'on a la vanité d'écrire, de composer depuis qu'il y a des villes, depuis l'originel égorgement, ça ressemble tellement à la page sur quoi l'on gribouille des flots de mots qui vont vers rien ou la rivière des enfers, un dévalement de soi contre lequel on ne peut pas et qui nous tue ; l'on voudrait être immobile, rester là entre tes racines qui ont vu le premier jour, poser la pointe du couteau, verser ce qu'il reste d'encre dans un trou de cobra, ne plus parler seulement rire. Il pleut si longtemps que les hirondelles se noient, que je rêve du ventre gonflé d'un vieux cadavre d'âne sur la piste. 

1 commentaire:

  1. oui mais dire notre pauvreté d'humain c'est aussi donner valeur à l'Immensité

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