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Ma vie au village - 12

Il pleut déjà qui me vole la saison toute occupée de protocoles, de badigeonnages à la chaux : cous serrés nous inaugurions les faïences du laboratoire, petits carreaux ternes qu'avaient fait briller un à un crachant dessus frottant de leurs boubous sales les quelques tuberculeux qui n'étaient pas morts dans l'année, quelle année, dites, quand n'est de temps pour personne seulement la toux pour certains, la peau qui se détache, l'aubier d'elle passant ensanglanté ? et nous debout dans la tremblote et nos ventres gonflés, chantant Chère Patrie, agitant le balai, mangeant du pain chargé à la sardine. Elle se retire quand nous en sommes là, derrière les lignes de la plaie, n'entend plus ses oiseaux, épie sur nos visages ce que ça fait d'être maudit et de se divertir quand même. Les palmes d'aleis ont ternies sous le vent, se penchent vers la piste, on traîne encore chacun le long de son ivresse entre briques et sachets d'eau de feu, rasant les tumulus, s'en retournent là-bas les voitures à sirène, cortège d'autre-monde, ne pensant moi qu'à mes heures de nuit : Je m'étais promis le Journal, toutes les feuilles m'ont fuit, pas à moudre un grain de poussière − retour à zéro du compteur de l'exil − sachant toujours que sont deux univers, un combat prodigieux dans quoi je ne suis rien au sens le plus terrestre, étant des gens qu'oublie l'en-haut et dont c'est le crucifiement d'avoir à se hisser. Quand je reviens à moi je ne veux pas qu'on me regarde; il pleut déjà, j'avais pourtant besoin d'un souffle chaud, pas de la brûlance pour grande âme : d'une autre respiration dans la mienne. 

4 commentaires:

  1. Beauté pluvieuse ou séchée de l'intérieur.

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  2. votre musique -poème sacrée: les voûtes libres des grands lointains en sont remplies, dieu sait votre prière.

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    1. il me pense, car je suis pauvre et malheureux

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