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Ma vie au village - 4

C'est le village entre ses lèvres le long d'où circulent tout le jour les autos, les petites japonaises travesties en taxi qu'on s'entasse dedans, les grandes aux vitres endeuillées, celles qui sont à plateau et les camions de bière, la nuit aussi mais c'est moins nombreux, un tremblement lointain, la peau qui se rétracte aux bords de la plaie, un soubresaut d'essieux, de lames grinçantes dans mon demi-sommeil, un bruit de train, de claquement du rêve, une lueur sonore parce que je dors les yeux ouverts, j'ai des yeux de sorcier la nuit, des yeux d'agonisant, ça défile la mort de la forêt, les fûts cadavérés qu'on enchaîne, les troncs débandés qu'on fera lattes de parquet où marcher sans conscience comme sur des peaux humaines. Mais c'est encore le crépuscule du soir, l'entre-deux sans misère, quand les jacos semant leurs cris rentrent au dortoir, que les hiboux secouent leurs diurnes insomnies, qu'allant au bain dans la rivière chacun de son côté en balançant les fesses on a cet air d'être né le matin et d'avoir à se dénuder pour la première fois ou quand nous regardons les autres de la rive de soi par l'en dessous de la lumière, les autres en face, à l'opposé, sur une largeur de sol identique pourtant, avec une même ligne échancrée derrière les cases et les mêmes poubelles, ceux à qui l'on élève la voix pour dire quoi, des mots qui résonnent et se cognent au rideau, se heurtent à la frontière que ne passeront plus que les chasseurs de lune. J'ai laissé les malades en stade de toux sèche, bâclé le pavillon de la mort où quoi qu'on dise je n'habite pas. Par la sente le long suis rentré jusqu'à moi ou chez qui je crois être et ce qu'on ne sait pas, enfin avec le sentiment qu'on m'attend dans un lieu ressemblant, qu'existe un soi où l'on peut vivre, marché avec lenteur selon le trait en bordure de la cicatrice pour être à l'heure quand la nuit descend.

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