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notes à propos d'un paysage (14)

Un paysage c'est ton-mon corps, ou celui d'autrui, ce sont tes lèvres de masque vivant, la négresse salive de ta bouche passant sous le pont que j'avale, et toute lecture épidermique faite du moindre creux, des plis, rivières, zone-savane, forêt-seconde et celle plus profonde en qui je n'entre pas, les grains de poivre à leur maturité, la source enfouie d'un ru, les senteurs de café sous le tissu du bois. c'est ça. Aussi là où je me promène en explorant tes vides.

notes à propos d'un paysage (13)

[Au bord de la route 10 j'ai vu à contre-jour une colonie de barbus chauves, il se peut que, mais ce sont eux qui s'agrippent en tous sens au tronc mort dans mon Serle & Morel et leur chrîp chrîp de voix.

Plus tard, la tête blanche d'un cossyphe petit, de quoi tenir durant des jours.]

Tout était vert sans cesse, j'imagine l’écœurement soudain de l'un, n'en plus pouvoir de n'avoir comme ciel que la peau de l'autre en avant de soi, une carte en détails de la surface humaine, qui cloque, qui pustule, et s'excavore aussi, noiraude à l'infini, ou sa vigueur, son salut, ce qui porte vers elle, au sein de la couleur du monstre s'arrêtant dans un cri à l'adresse des arbres : voulons voir ce que vous voyez, entendre ce que vous dites, quoi là-bas derrière la mer de vous ? eux qui se moquent que nous ignorions une onde même de leur pensée, et ce réprouvé d'entendre les radieux, les parlants à qui leur demande.

Tout est moins vert — désert avance — et la poussière, les autos,
que rarement désormais marchons en file indienne
et qu'on ne sait plus lire les dos
ni le silence

: chacun dans sa peau

Ma vie au village – humeur pascale

Certains clercs, le ventre en avant, colonisent à coup de drôleries l'intelligence des fidèles. Du troupeau, il ne faudrait pas que les bêtes pensent. Ah ! la belle résurrection qu'on nous promet : tout se réveillera de chez les morts, sauf le cerveau.

Ma vie au village – mouvement

Deux ou trois passages de ce Ma vie traînent leurs pieds dans un laboratoire. Ne sachant où j'écrivais, j'ai voulu sans doute m'inventer une profession qui pourrait au moment donner un air de fiction, mais le village-ci n'est qu'une tombe à ciel ouvert. Il fallait du sang (qu'on me reproche) qu'il y ait de la glaire, des émonctules, de l'ichor, des débris. J'étais alors vivant, plus vivant qu'aujourd'hui à une certaine hauteur de strate, face souvent à des presque morts. Des qui mourraient tout le temps. J'allais au dispensaire plusieurs fois par semaine. Les heures au dortoir des tuberculeux ou dans la chambre à sida sont les plus belles de moi, d'être-là, ce que j'ai fait de plus utile au cours d'une vie de misère.

Bout de lettre et Reverdy paraphrasé


         S. cet affreux petit quartier réel

quartier S. à Yaoundé

















quartier S. à Yaoundé

















quartier S. à Yaoundé

















quartier S. à Yaoundé




















 
Lettre à F. (extraits) : suis à Ngola depuis une semaine, les dents, et encore pour une autre au moins, le temps d'arranger ça, mais S. c'est l'ennui, trop loin pour mes pieds d'où c'est un peu animé pour tromper la bête, et je me tape des insomnies ; pas d'écriture ou presque, rien ne vient sinon tension et dégoût, pas grand-chose d’intéressant à lire, ailleurs une telle masse de mots et de quoi quoi quoi nous étouffe, de l'air de l'air de l'air, en plus il fait une chaleur sans issue ; ... merde, il ne faut pas que tu lâches l'écriture ( même si des périodes où tu ne peux pas, noter des bouts de quoi pour garder la main, quand tu reviendras de Ponton la Belle tu vas nous pondre quelque chose de bien) parce qu'il n'y a personne dans ce pays qui écrive au-dessus, ils s'arrêtent tous à tes chaussures ... impression que tu es loin et pourtant le Congo c'est pas la mer à boire... moi je rêve d'Argentine où je n'irais sans doute jamais. etc.
 
J'espère qu'on ne te surmène pas là-bas et qu'il y a du poisson braisé... Si tu trouves une carte-postale tu me rapportes ça.